A Genève, il y a presque trois fois plus de frontaliers que de protestants

image.jpegA Genève, il y a presque trois fois plus de frontaliers que de protestants. Drôle d'entame pour un billet du Jeûne genevois. Qui dit cependant une vérité sur la Genève du XXIe siècle. Il y a cinq siècles, Genève était encore gouvernée par un prince évêque - dont un des prédécesseurs, le Savoyard Adhemar Fabri, né à la Roche-sur-Foron, avait accordé des franchises aux commerçants de la Ville. Plus pour longtemps.

En 1517, Luther allait mettre le feu à la chrétienté et réussir un schisme grâce à une technologie naissante, qui permit de multicopier ses thèses: la presse de Gutenberg. 15 ans plus tard. Geneve adoptait la réforme et Calvin procédait à une épuration religieuse. Les catholiques devaient se convertir ou quitter la ville. Les biens de l'Eglise furent nationalisés. L'Hospice général est un héritage de ce temps là.

La poignée de protestants qui tient encore les terres et biens des richesses de Genève s'apprête à commémorer le 500e anniversaire de la tentative de Luther de réformer l'église catholique. La Vie protestante , qui vit ses dernières heures pour renaître en novembre prochain sous le titre "Réformés", le magazine des prostestants romands, et le site ref-500.ch livrent dans son édition de septembre le détail des manifestations, dont le démarrage aura lieu à Genève. 

Si les frontaliers existent, c'est peut-être bien à cause de la Réforme. Menacée par le duc de Savoie, la ville resserra ses liens avec la Confédération, Berne en particulier, dont Leurs Excellences ne voyaient pas d'un mauvais œil l'accroissement de leur territoire, jusqu'aux frontières naturelles de Genevois. La France et quelques Genevois ne goûtèrent pas cet hégémonisme. Genève fut donc, comme Bâle, au cœur d'une triple frontière. Au sud la Savoie, au nord-ouest la France, à l'est, la Suisse naissante. Jusqu'à l'arrivé de Napoleon qui fit sans tarder de la cité la capitale du département du Léman, du Jura au Mont-Blanc, ce qui est son état naturel.

Le Corse devenu empereur des Français en fit trop. Et, qui trop en fait mal étreint. Avant la défaite de Waterloo, Genève était suisse, circonscrite à un micro-territoire enclavé, par la volonté des protestants d'alors, craignant d'être majorisés par les paysans catholiques alentours. Déjà le protestantisme était devenu une internationale dont les comptoirs fleurissaient dans les terres d'avenir. Dépouillée d'arrière pays, Genève n'était qu'un port d'attache, un refuge.

Les immigrations des cantons catholiques, puis des travailleurs français, italiens, espagnols, portugais renversèrent statistiquement la majorité religieuse. Aujourd'hui, dit StatistiqueGenève, les catholiques sont 130'000, autant que les sans religion, les protestants déclarés 36'000.

Dans l'inconscient collectif, Genève demeure la Rome protestante. Même si les autorités de l'église réformée pas plus que la faculté de théologie ne sont pas à la hauteur de cet héritage. 

Lourd héritage. 

Seul la foi sauve. Cette affirmation révolutionnaire qui a mis l'homme face à son créateur et à ses responsabilités porte en germe l'homme moderne. Mais, comme le rappelle Pierre-Olivier Léchot dans la VP: "La modesrnité est un enfant non désiré du protestantisme". Luther, pas plus que le théocratie Calvin n'ont instauré le règne de la raison sur celui de la religion ou affirmé l'autonomie de l'homme contre l'autorité. 

Qu'est-ce donc que le protestantisme? Et quel est son avenir?  Léchot craint que le protestantisme ne se dissolve à vouloir épouser le monde moderne, l'individualisation et la compétition marchande. Il ne voit pas d'issue non plus dans la résistance fondamentaliste et marginalisante des protestants évangéliques. Reste le chemin étroit des valeurs, celles qui rappellent à l'homme déchaîné qu'il n'est homme que si tous le sont, que le "je" doit céder devant le "nous".

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