La fin des journalistes?

yann guégan.jpgUn collègue m'a signalé un blog de Yann Guégan intitulé: L’urgence pour les rédactions ? Arrêter d’embaucher des journalistes ! Sa collecte printanière au colloque de Perugia. Un billet bien fouillé et plein de références (combien de références dans les papiers que nous mettons en ligne en moyenne, lui ai-je demandé).

Je ne connais pas Yann Guégan, mais j'en ai croisé quelques-uns dans ma carrière de ces consultants qui ont le verbe facile, la souris agile, le surf buzzique. Ils vous en mettent plein les yeux et instillent une petite musique qui vous fait penser que vous et vos collègues êtes passablement largué, que votre entreprise est au bord de la centrifugeuse loin de ces modes d'expression tous plus smart les unes que les autres, censés capter l'audience, autant dire le graal. De la qualité de l'info citoyenne, il n'est que rarement question.

N'empêche que le métier change. Et pas qu'en raison des moyens désormais à la portée de presque tous les journalistes pour décrypter les mass-données (comme mass-média). Prenez, les Panama Papers et tous les Snowdon et autres leaks avant eux, le dépouillement de cette mass-données a réclamé une concertation au'aucun éditeur n'avait inventé avant la création du consortium international.

En matière d'infographie, le blogueur "Dans son labo" a produit récemment un série de cartes où l'on voit le globe terrestre (centrée sur la Méditerranée) se déformer, s'anamorphoser et ces déformations illustrent la forme des nations du monde  selon Le Monde, le Figaro, Libération, le Parisien ou une quinzaine d'autres publications imprimées ou en ligne. Un gros boulot dont Yann décrit les étapes ici. Spectaculaire, mais pour quel résultat? La démonstration d'une règle vieille comme les journaux, celle de la proximité, qui dit qu'un assassinat dans ma ville impressionne autant les lecteurs que dix morts à Paris ou aux Etats-unis et cent morts au Burundi.

Je retiens le travail collaboratif qui va sans doute s'imposer, à condition que tous les partenaires à l'élaboration d'une story comprennent ce qu'est le métier de journaliste et agissent comme tel et ne se contentent pas de décorer un texte... (je sais je me fais des illusions, la forme impose sa dictature partout, parfois quand c'est bien fait au profit du fond, l'info n'a de sens que si elle est divertissante et susceptible de capter une audience).  
 
Ce qui faut donc ce sont des raconteurs d'histoire (qui savent capter l'attention) et des producteurs de stories multimédias et interactives (qui savent emballer l'opinion). Le marché le plus florissant n'est-il pas celui des jeux? Plonger celui qui veut s'informer dans la réalité du décideur, c'est plus fort que de lui proposer le compte-rendu du session du Grand Conseil ou du Conseil municipal...
 
ça me rappelle les projets de Claude Monnier quand il m'a engagé au Journal de Genève, il pensait qu'un journal pouvait se résumer à une escouade d'excellents éditionneurs pour monter une éditions faites comme les voitures ou les avions de pièces détachées fabriquées par des fournisseurs spécialisés. Déjà le journal sans journaliste ou presque...
 
Reste à financer tout ça. A ce propos, qui a payé les trois jours que Yann a passés à Perugia (une rédaction, une université, la passion, un sponsor, Dassault, son propre budget R&D...? Un peu tout ça sans doute

Commentaires

  • Pourquoi les journalistes ne se feraient pas uberisés, comme beaucoup d'autres professions? La crise que vit le monde de la presse devrait laisser apparaître de la concurrence et donc une amélioration.... Cependant, il n'en n'est rien. Les journaux se mettent sur le web pour balancer les mêmes infos, au mots pres, que leurs concurrents.

  • Le vrai "scoop" désigne de la matière inédite et non des resucées de dépêches lue, vues et entendues partout ailleurs.

    Les PanamaPapers sont une matière matière originale distribuée gratuitement pour intoxiquer l'opinion internationale. Bravo à cette officine de relations publiques pour son coup de maître !

    Vous ne le croyez pas ? Que vous faut-il pour dessiller vos yeux chassieux ? Lisez ceci:

    "L’organisme ICIJ basé à Washington obtient ses subsides et sa feuille de route via le Centre pour l’intégrité publique, entité orwellienne logée par l’Exceptionalistan. Les fonds viennent principalement de la Fondation Ford, la Fondation Carnegie, le Fonds de la famille Rockefeller, la Fondation Kellogg et l’Open Society de George Soros."

    http://tinyurl.com/h7qan28

    Qu'est-ce que le l’organisme ICIJ ?

    https://www.icij.org/

    CQFD

  • «Panama Papers» : Washington admet avoir financé les journalistes menant l’enquête

    http://tinyurl.com/jsx4mos

  • Vous me semblez bien placé pour savoir que tout un chacun s'improvise tour à tour un peu de tout. Aujourd'hui, n'importe qui peut faire de la musique sans connaitre le solfège, de la peinture, écrire, il y a bientôt plus d'écrivains que de lecteurs et les nouveaux journalistes sont gratuits puisqu'ils écrivent spontanément sur les blogs.
    Je ne connais pas les recettes des rédactions, mais je ne lis presque plus la presse quotidienne qui, par son manque de rigueur, désinforme.
    Internet permet de creuser les sujets qui nous tiennent à coeur auprès de diverses sources parfois contradictoires et en général gratuites ou plutôt payées par les bandeaux publicitaires que l'on peut aisément caviarder pour une lecture confortable.
    Mon expérience à la tête des taxis genevois a été pour moi le coup de grâce. Aucun journaliste n'a fait l'effort de comprendre le sujet, que ce soit dans la durée avec l'historique ou dans les divers évènements qui ont défrayé la chronique ponctuellement.
    J'en ai déduit qu'il en était de même pour tous les sujets et donc que les infos que nous ingurgitons contribuent à augmenter notre ignorance en nous distrayant.

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