L'impossible réforme de la fonction publique genevoise

SCORE, la réforme de l'échelle des traitements de la fonction publique, est mort. Du moins dans son identité et sa forme actuels. Le député Edouard Cuendet, la voix des banquiers, la soutient du bout des lèvres, mais il sait que le couple PLR-PDC n'a plus le pouvoir au Grand Conseil comme la séance d'hier soir du parlement la brutalement illustré.

Roger Golay, le président du MCG a lui carrément annoncé l'acte de décès de la réforme, hier soir au micro d'un Pascal Décaillet, trop girond de montrer que la politique se faisait devant lui - que dis, je grâce a lui - lui, qui sait si bien profiter des rumeurs de la rue et souligner combien le parlement, juste à côté, mouline dans le vide. Dérive classique d'un fou du roi qui se prend pour le roi et qui se réjouît d'une manifestation peu suivie pour d'évaluer le suffrage universel. 

Mais c'est ainsi qu'on gouverne désormais à Genève. SCORE, un projet lancé et défendu par David Hiler, naguère donné comme le meilleur conseiller d'Etat du précédent gouvernement, finira au panier. Et peu importe qu'un Pascal Broulis, usant de la même méthode qu'il s'était appropriée quand le ministre vaudois des Finances et de la Fonction publique (il a aux dernières élections cédé ce dicastère à sa collègue Nuria Gorrite) était chef du personnel de la Banque cantonale vaudoise, ait réussi à mettre en œuvre la réforme "Decfo-Syrem", un SCORE à la vaudoise.

SCORE est mort autant de l'ultime pichenette donnée par des syndicalistes hier que du lâchage, passé inaperçu l'an dernier, du projet par le PLR, quand il a exigé que la réforme devra se faire à budget constant, alors que l'écologiste Hiler pensait qu'il fallait accepter un surcoût de 60 millions par an de la masse salariale, nécessaire pour faire avaler la pilule du changement. Zéro a dit le plus grand parti de Genève. La messe n'était-elle déjà bien dite?

Depuis le nouveau ministre genevois des Finances et de la Fonction publique n'a pas beaucoup brillé sur le sujet. L'ingénieur Dal Busco qui sait de quoi il parle, quand il évoque le patrimoine bâti de l'Etat, semble plus emprunté quand il s'agit de moderniser le capital humain de son entreprise. Où était-il hier à l'heure des grévistes? A Prangins, avec son mentor Broulis, pour expliquer une fois de plus combien Genève allait souffrir de la troisième réforme fiscale des entreprises. Et que Berne et les autres cantons seraient bien sympas d'aider le canton, encore le plus riche de Suisse. 

Pleurs insolentes, les Genevois ne se plaignent-ils pas régulièrement d'être les dindons de la péréquation et de la solidarité intercantonales?

Grèves insolentes. Croyez-vous que les Suisses sont prêts à être généreux avec un canton qui peine à réformer sa fonction publique Et continue, bon an mal an, à dépenser bien plus que tous les autres?

Les questionnements au sein de la fonction publique, qui se sont manifestés jusqu'à l'assemblée du Palladium, vont-ils ramener le Cartel au principe de réalité. Les enseignants ont gagné la grève des notes, le Cartel va-t-il revenir à la table des discussions sur le projet de réforme de l'échelle des traitements, dont il ne conteste pas la nécessaire modernisation?

Confronté au défi du franc fort et à la baisse des revenus fiscaux des entreprises, le Conseil d'Etat devrait peut-être demandé un mandat clair au Grand Conseil sur cette réforme de l'échelle des traitements, au risque que l'éparpillement des forces actuel ne conduise à un refus de SCORE. Il est peut-être temps de mettre les députés, du moins ceux qui ont un élu à l'Exécutif, devant leur responsabilité.

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