• Jets de poivre au parlement indien

    La campagne électorale en Inde ne démarrera officiellement qu'à la fin février, mais les esprits s'échauffent au parlement. "Honte pour le pays", démoncent les grands quotidiens qui sont imprimés simultanément par une bonne douzaine de rotatives à travers le pays, continent. Ils ne semblent pas connaître, pas encore, les affres de Libération, dont je suis la mort annoncée - mais combien de fois déjà le journal fondé par Sartre s'est-il réincarné?

    Le sujet qui fâche et qui a conduit des députés à spayer au poivre quelque-uns de leurs collègues porte sur la création, débattue depuis des années, d'un nouvel État de l'Union, le vingt-neuvième: le Telangana.Ce territoire, grand comme presque trois fois la Suisse, compte plus de 30 millions d'habitants. Il doit être détaché de l'Andra Pradesh. Sa capitale, l'ambitieuse Hyderabad, conteste la suprématie de l'informatique à Bengalore et celle du cinéma à Bollywood, Mumbai.

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  • Une sainte emmerdeuse

    Chez nous, dans l'imaginaire collectif comme on dit, Calcutta rime avec Mère Teresa. Prix Nobel de la paix (éternelle) en 1979, déjà bienheureuse pour avoir, sa vie durant, dispensé un peu de bonheur et de douceur à quelques dizaines de milliers de pauvres hères, à l'heure ultime où la plupart des gens ici passent d'une vie à une autre et non, comme on dit chez nous, de vie à trépas.

    Je veux toutefois croire que, pour les hindous comme pour les chrétiens et tous ceux plus nombreux qui disent ne croire en rien et surtout pas à une vie après la mort, l'angoisse existentielle de ce passage mystérieux avive des peurs inconnues ou refoulées. Dans ces tristes moments, un geste d'amour inconditionnel est comme une eau claire, un pré tendre, un regard de compassion, une espérance. C'est ce rien, en termes de PNB, qui n'a pas de prix en termes de BNP (bonheur national brut)!

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  • NiSa contre ToBla, ça vous dit?

    La presse quotidienne indienne en langue anglaise est fort diverse. Les journaux sont peu épais - 14 à 20 pages, plus grandes que notre format. La sélection des nouvelles est draconienne. La politique locale, régionale, nationale, le sport et l'économie y tiennent une large part. Les faits divers sont présents comme les faits de sociétés. Il n'y a pas ou peu de chronique judiciaire, pas vraiment de page culture. Une ou deux pages opinion, une page people et une page d'actualitės internationales complètent l'offre. 4 roupies, le prix d'un thé, lequel peu monter jusqu'à 30 roupies dans un restaurant climatisé.

    La télévision diffuse surtout des séries bollywoodiennes particulièrement niaises ou alors incroyablement violentes. l'info y est essentiellement débitée au format et dans le ton CNN. Hors des très grandes villes, les connexions internet restent aléatoires et le débit maigre. Trop cher pour la plupart des Indiens. J'ai néanmoins réussi à télécharger à Puri les quelque 180 pages de The Economist après plusieurs tentatives. Mais je suis resté sur un échec pour télécharger la Tribune et Le Monde. The Economist demeure un hebdomadaire de référence.

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  • Do you speak hinglish?

    Le Satabdi Express qui relie Puri à Calcutta est parti à l'heure de la ville sainte et touristique. Puri draine des centaines de milliers de pèlerins au Jagannath Temple dédié à trois dieux de la parenté de Vishnou, dont les grands yeux sont à la région ce que le jet d'eau est à Genève.

    Sur la cote de la mer du Bengale, une immense plage de sable fin se perd à l'horizon, dans les embruns de la houle qui s'y brise en creusant des baïnes. À perte de vue vers l'est et vers l'ouest. Un long chapelet d'hôtels et de gesthouses de toutes catégories accueille des touristes indiens et quelques Occidentaux égarés. Dommage, car l'Orissa est sans doute un État à découvrir. Et Puri une ville attachante. Un bon nageur profitera de la mer et les amoureux de l'Inde s'émerveilleront devant le temple du soleil monté sur roues de Kornak et d'une vie qui a déjà les accents du sud. La langue odya qui a sa propre écriture s'entend un peu comme le malalayam du Kerala et les crêpes de pois chiche y sont aussi croustillantes.

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  • Fier d'être suisse!

    Honte d'être suisse? Quelle drôle d'idée! Je reste pour ma part fier du fonctionnement de nos institutions. Peu d'Etats, pour ne pas dire aucun sur la planète, soumettent leurs gouvernants à de tels exercices d'humilité et de remises en question. L'Europe - et aucun de ses membres - n'a sur ce plan de leçons à nous donner. Le verdict populaire est un fait incontournable de la démocratie. C'est sans doute pour respecter si peu ce principe que les institutions politiques finissent par se dévaloriser aux yeux des gens.

    En 1992, on nous avait annoncé les pires catastrophes, elles ne sont pas survenues. Aujourd'hui le vote est en fait bien moins important que celui de l'EEE. Dans l'esprit des Suisses, le vote de ce 9 février ne consistait pas à remettre en cause les bilatérales, mais à donner un coup de frein à une de ses conséquences jugée, à tort ou à raison, fâcheuse par une petite majorité: la croissance démographique. Vu d'Inde, ça ne manque pas d'interroger...

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  • Ôm

    Ôm est un son primordial que l'on entend à proximité les temples hindous. À Puri, le temple dédié à un dieu de la parenté de Vishnou est fermé pour nous. Nous imaginons, en arpentant les rues aux alentours, occupées par les marchands et les primeurs, que les rituels qui s'y déroulent sont semblables ou proches de ceux que nous avons pu vivre, il y a 10 ans, à Kanyakumari, à Madurai ou à Tanjur.

    Il se trouve que, durant ce voyage, j'ai emporté trois livres "Mosaïque de feu", un journal d'Olivier Germain-Thomas redigé à Auroville et dans le sud de l'Inde peu après la tempête Lothar fin 1999, le "Dictionnaire amoureux de l'Inde" de Jean-Claude Carrière et "Désir d'infini" de Trinh Xuan Thuan. Ce dernier, né au Vietnam, professeur d'astrophysique aux États-Unis, est un maître dans l'art de vulgariser sa science en français

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  • Rama voit la vie en rose pour ses enfants

    Rama C. voit l'avenir en rose. Ses fils auront des opportunités. Ils ne seront pas fonctionnaires comme lui. Ils seront juristes, médecins, ingénieurs, commerciaux. Entre nous, le mensuel Frontline fait sa premiere page sur le récent succès de la fusée indienne qui a placé le 5 janvier dernier un satellite de communication de près de deux tonnes sur une orbite géostationnaire grâce à un dernier étage cryogénique "indigienisé" - dix-sept pages spéciales sur l'aventure spatiale indienne, issue de la coopération avec la Russie. Bien loin des slums et des taudis des centres-villes et des pujas qui font de si jolies photos. Une Inde que les touristes ne connaissent pas. Pas plus que les joutes politiques qui décident, dans cette démocratie géante que le petit Suisse a peine à comprendre, des majorités parlementaires à Delhi et dans les trente États de l'Union.

    Frontline est ouvert à la page 29. Sous le titre "Fuzzy start", Un départ en fanfare, la photo du nouvel homme fort de Delhi, Arwind Kejriwal, un arriviste pour les uns, un populiste, possible premier ministre dans 10 ou 15 ans pour les autres. C'est l'avis de notre compagnon de voyage.

    Comme le commerçant de Khajuraho, le fonctionnaire de Rairangpur espère que le jeune tribun du parti Aam Aadmi réduira la corruption endémique qui permet à des minorités parfois des mafias de s'accrocher comme des sangsues aux jambes des centaines de millions de travailleurs de ce pays. En attendant, estime Rama, l'alternance que propose le leader du BJP vaudra mieux que la poursuite de la dynastie Gandhi dont le dernier rejeton, Rahul, est décrit comme un dandy prépubère.

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  • L'Inde, c'est aussi une fusée cryogénique!

    Des forêts de tecks plantées au cordeau alternent avec des marquetteriez de rizières encore en friche, quelques-unes en cours de plantation, des champs de soya, des pâtures, quelques villages que l'express Nandand Delhi-Puri (dans dans l'Odissa) traverse à 80-100 km/h, mais parfois aussi à 50 km/h quand la voie ploie à son passage. Il est 6h30, le soleil se lève et nous tire d'une nuit agitée par le roulis irrégulier du train. Nous mettrons 19 heures pour avaler sans encombres 1097 kilomètres. Pour 1092 roupies par personne (17 francs suisses, mais le salaire d'un enseignant atteint tout juste 300 frs mois).

    Le long convoi de wagons bleus est sorti de la nuit, précédé d'un puissant phare jaune, avec 3h30 de retard, à Moghul Sarai, la gare grandes lignes de Varanisi. Pour atteindre ce "plus grand carrefour ferroviaire d'Asie", comme la nomme Ranjan K. Banerjee, correspondant de Neos dans la ville sainte, distant d'une vingtaine de kilomètres, il faut plus d'une heure et traverser une banlieue poussiéreuse et une gare routière où des milliers de poids lourds attendent les prochaines récoltes.

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