Luc et Michèle: comment ne pas être le jouet des experts?

IMG_4889.JPGMichèle Künzler ne voit pas ce qu'elle a fait faux. Hier soir encore, à Forum, sur RTS la première, elle a répété que son bilan était bon, qu'elle a été la victime de la méchanceté des hommes et que la presse ne l'a pas protégée assez, voire qu'elle a attisé la hargne à son égard. Le problème, c'est qu'en politique, il ne suffit pas d'avoir raison pour l'emporter. Il faut surtout convaincre les citoyens que les décisions qu'on prend son justes et nécessaires. Et sur ce point, Michèle Künzler, qui a été un bon petit soldat, a trop fait confiance aux technocrates.

Luc Barthassat n'est pas, pas plus que Michèle Künzler, un spécialiste de la Mobilité. Il risque de tomber dans le même piège.

C'est que la circulation n'est pas simplement régie par la mécanique des fluides. Elle s'inscrit dans une trame bien serrée de normes techniques et légales qui donnent en fait le pouvoir aux ingénieurs et aux juristes. S'ajoute le coût élevé du moindre ouvrage et le temps disproportionné pour le réaliser.

Deux exemples qui au quotidien suscite mon exaspération. Je suis sûr que vous en avez d'autres sous la main.

Je descend régulièrement à vélo ou en voiture de Croix-de-Rozon à Genève, plus rarement en bus, car le bus est pris dans les bouchons, faute de disposer d'une voie réservée.  Mais voilà que l'Etat enfin s'est rendu à l'évidence. Il élargit la route qui du rondeau de Carouge monte à Drize. Seulement l'Etat, sans doute conseillé par toutes sortes d'avis d'experts, a décidé de conserver et donc de restaurer les murs de pierres qui bordent la voie. Le panneau de chantier annonce 27 mois pour réaliser ce tronçon de moins d'un kilomètre qui ne présente pas de difficultés majeures. Il n'a pas osé afficher son coût. 

L'autre exemple concerne les plus très nouveaux automates qui délivrent les billets de bus et de tram. Il serait bon qu'un audit soit lancer sur ces machines, illisibles en plein soleil, souvent bloquées, lentes et à qui il faut indiquer le code de sa carte de crédit pour débiter 3 francs 50. Combien ont-elle coûté? Combien coûtent-elles à l'entretien? Qui est à l'origine de cette gabegie? Sans doute pas Michèle Künzler. Mais a-t-elle seulement demandé des comptes à ce sujet et sanctionnés les responsables? Mais a-t-elle seulement compatis à la douleur des Genevois quand ils perdent des heures dans les embouteillages ou quand des machines rebelles les incitent à resquiller?

La politique, c'est l'art du discours, l'art d'écouter, d'entendre et de comprendre les gens. Le péché mortel, c'est de laisser entendre que les gens sont des c... et que les experts ont raison. Michèle l'a commis ce péché, pour son grand malheur. Souhaitons que Luc en tirera la leçon.

Commentaires

  • On pourrait parler des arrêts de bus qui empiètent volontairement sur la chaussée pour bloquer le trafic lorsque les gens entrent et sortent des bus, des feux volontairement désynchronisés, de l'extrême lenteur des transports publics (eux aussi bloqués dans un trafic artificiellement ralenti), de l'impossibilité de tourner à droite au rouge lorsqu'il n'y a pas de trafic (cf en Allemagne), de la supression systématique de voies de circulation au profit de trottoirs et pistes cyclables surdimensionnées (et la plupart du temps vides) etc.
    Non, incapable de se remettre en question, sourde à la critique, sans aucune objectivité, Mme Künzler nous a démontré une fois de plus hier soir, que le flop de sa période gouvernementale n'était pas seulement dû à un mauvais systême électoral de listes apparentées et à la popularité, à l'époque, de la locomotive Hiler derrière qui n'importe quel wagon serait arrivé en gare.
    Non, Mme Künzler n'avait ni la formation, ni l'expérience professionnelle, ni le bagage intellectuel pour cette fonction.
    Dogmatique, incapable de marquer son territoire et de donner une ligne politque à une administration toute puissante elle sort, après son interview de hier soir, vraiment par la toute petite porte.

  • La grande différence entre les deux est que Mme Kunzler partait de l'apriori de la primauté du transport public et se refusait à appliquer la constitution sur ce point alors que M. Barthassat l'a déjà annoncé, il veut remettre tout le monde autour de la table.

    La seule posture annonce le changement. Si vous y ajoutez les changement constitutionnel qui impose la fluidité du système, vous aurez compris que la suite ne peut être pire que ce que nous avons vécu jusqu'ici.

    En dernier lieu, comme le dit M. Pillet, il conviendra de supprimer tous les points de blocage volontaire installés par les ayatollahs qui pullulent dans l'administration Kunzler.

    Si M. Barthassat pense pouvoir endormir le bon peuple avec des fausses mesures, qu'il conserve en mémoire le sort que nous avons réservé à sa prédécesseure. Il suivrait le même si la même politique restait en place.

  • Sur la gabegie des nouveaux automates à billets, j'abonde dans votre sens M. Mabut !

    De manière générale, gérer ce département de la mobilité s'avère être d'une grande complexité et ceci pour plusieurs raisons, dont celle qui fait de tout usager un spécialiste autoproclamé de la question. Comme vous l'écrivez, il ne suffit pas d'être un expert pour réussir, ni même de savoir convaincre le peuple, car celui-ci est oublieux et réagit selon l'air du temps. Or le temps fuit, plus vite que les réalisations concrètes des décisions prises démocratiquement. C'est ce décalage entre les décisions et les réalisations qui posent problème.
    Michèle Künzler a probablement raison de s'interroger sur la pertinence de sa responsabilité dans le mécontentement des citoyens à l'égard de la politique de la mobilité actuelle. Une politique décidée sous l'ère de Robert Cramer, faut-il le rappeler. Le peuple genevois a donc sanctionné Künzler, alors que "le coupable" est bien Cramer. Un homme désormais à l'abri ...

    Cordialement !

  • @JdH, vous avez parfaitement raison quant à Cramer. C'est un faiseur et un abuseur public on est bien d'accord.

    Ce qu'il ne faut pourtant jamais oublier c'est qu'il a toujours été élu par les maraîchers de la plaine de l'Aïre, pour mieux faire rougir leurs tomates "hors sol"(bravo le bilan écologique et le bio) et par les viticulteurs (protection de la clientèle bien comprise) alors que ces populations ne sont habituellement pas dans l'électorat vert. C'est donc qu'elles y trouvaient leur intérêt. Comme celui-ci risquait fort d'être mieux défendu par Barthassat, ils n'ont pas voté pour Hodgers, laissant ce soin aux BoBos PLR urbains.

    Les seul grand risque de Barthassat serait de ne pas tenir parole et de na pas appliquer la nouvelle constitution pour laquelle sont parti c'est fortement investi.

    Ce qui pose problème n'est pas le décalage entre décision et réalisations mais entre besoins réels et lubies partisanes.

    Le mandat donné à l'exécutif en matière de mobilité par la constitution est désormais clair. Il repose sur trois piliers, la complémentarité, le libre choix et la fluidité.

    Pour atteindre les 3 il va falloir se retrousser les manches et faire avancer deux éléments. Le premier traverser la rade, le peuple a dit OUI 2x, et contenir la circulation pendulaire hors de l'hypercentre.

    Pour ce qui est de la traversée il faut aller la chercher en amont de la Place des Nations sur la rive droite et la faire sortir à Vallard sur la rive gauche avec un puits entrée/sortie à la hauteur de la place Sturm.

    En ce qui concerne la limitation du transit pendulaire, il faut poser des parkings en France voisine et mettre en place un péage urbain.

    Il y a de quoi remplir la législature et se démarquer des années Cramer qui sont autant de paralysie.

    Il faut dire qu'un ver(re)t à pied n'a pas les mêmes besoins qu'un travailleur qui doit se déplacer pour gagner sa vie!

  • Avec mes excuses pour la coquille :

    " C'est ce décalage entre les décisions et les réalisations qui pose problème. "

    @ géopolis :

    Déposons le ver(re)t à pied sur le comptoir du bistro et reprenons :

    Vous écrivez que c'est le décalage entre besoins réels et lubies partisanes qui pose problème. D'accord avec vous, mais comment faire la part des choses entre les "besoins réels" et les "lubies partisanes", alors qu'en politique les décisions se prennent souvent par consensus, chacun étant appelé à faire des concessions ?
    Je pense que c'est à ce niveau que Barthassat devra jouer finement et user de toute "sa diplomatie". En sera-t-il capable compte tenu de sa personnalité un peu sanguine semble-t-il ?

    A propos de la mobilité, J'ai repris la nouvelle Constitution genevoise et voici de qu'elle dit :

    Mobilité :
    Art. 190 Principes
    1 L’Etat élabore une politique globale de la mobilité en coordonnant les
    politiques de l’aménagement, de l’énergie, de la protection de
    l’environnement et de la circulation.
    2 Il facilite les déplacements en visant la complémentarité, la sécurité et la
    fluidité des divers moyens de transport publics et privés.
    3 Il garantit la liberté individuelle du choix du mode de transport.
    4 Il encourage la mobilité douce.

    Lorsqu'on lit l'alinéa 2 de cet article 190, ce que avez fait, on ne peut s'empêcher de nourrir quelques doutes à propos du consensus sensé faire cohabiter " la complémentarité, la sécurité et la fluidité des divers moyens de transport publics et privés. "
    Mais suffit-il qu'un principe soit inscrit dans la Constitution pour qu'il soit réalisable ?

    D'accord avec vous toutefois pour faire de la traversée de la Rade une priorité. On se trouve pourtant ici face un problème de financement, car soyons réalistes ce projet ne pourra en aucun cas être réalisé avant dix à vingt ans, ceci sans même évoquer les inévitables blocages politiques.

    L'avenir dira si le siège de M. Barthassat au département de la mobilité est aussi éjectable qu'il y paraît.

    Cordialement !

  • Tout à fait d'accord avec vous! Michèle n'a même pas voulu que la signature des TPG soit soumise aux soins du CE (comme c'est le cas pour toutes les autres régies publiques) arguant que ladite régie était autonome. À croire qu'elle prenait des vessies pour des lanternes. Elle a continué à faire confiance à des technocrates très haut placés qui en ont abusé. Elle n'avait que faire en réalité de ce pour quoi elle a été mandatée.

    Luc est un homme de projets. Il y a aussi de la sagesse en lui qui accompagne l'instruction des dossiers - qu'il connaît bien - et ses décisions ne découlent pas de dogmes pré-établis propres à nourrir des égos et une politique de blocages.

    "Le péché mortel, c'est de laisser entendre que les gens sont des c... et que les experts ont raison. Michèle l'a commis ce péché, pour son grand malheur. Souhaitons que Luc en tirera la leçon."

    Luc est à la bonne place. Il lui reste à se faire mieux entourer et conseiller. Car il a l'envergure du poste et l'énergie nécessaire contrairement à sa prédécesseuse. Et il n'est pas vain d'espérer dans son cas. Il a toujours su faire des grandes choses avec les cartes qu'il avait en mains, là où d'autres, détenant de l'or dans les mains, réussissent à le transformer en m..... C'est tout le mal qu'on lui souhaite. La posture qu'il a démontrée durant sa campagne et durant son mandat au national n'est pas celle d'un élu qui prend les autres pour des c....

Les commentaires sont fermés.