Sommes-nous tous des Sam-Suffit de Lully?

Victoire des intérêts locaux! Les habitants du fond de Lully, un temps menacés par les débordements de l'Aire, qu'une renaturation dispendieuse a remis dans un lit "naturel", ont réussi à tirer un frein (provisoire?) à la construction de 178 logements. En dénonçant l'urbanisme annoncé de leur commune, promise à doubler de population d'ici 2030, avec la bénédiction du plan directeur cantonal voté au forceps vendredi soir par une majorité hétérogène du Grand Conseil genevois, ils ont réussi à mobiliser les Bernésiens.

C'est une claque pour l’establishment bernésien, dont l'un des membres éminents, un des rares maires à ne pas s'être rebellé contre la première mouture du plan directeur cantonal 2030, est candidat au Conseil d'Etat. 

C'est une victoire pour tous ceux qui estiment que le canton croît trop vite. Sans trop s'avancer, on peut ce soir annoncer le refus de la densification des zones à bâtir, contestée par un référendum des propriétaires de villa. Genève continuera de loger ses travailleurs hors du canton.

Il a manqué 220 voix au projet du Conseil administratif de Bernex, validé par la très grande majorité du Conseil municipal de cette grande commune rurale, en passe de devenir la treizième ville du canton de Genève.

Comment expliquer qu'une petite minorité, qu'on n'hésitera pas à qualifier de Sam Suffit ou de NIMBY (not in my backyard, construire oui mais pas dans mon arrière-cour), ait réussi à battre tout les partis gouvernementaux, unanimes sur ce coup-là. Les promoteurs du projet s'étaient même fendus d'un site site chou tout plein où l'ancien patron du territoire, Robert Cramer, qui, en Ville, bousille la rénovation du Musée d'art et d'histoire, avait, là, prêté son nom en faveur du projet Au cœur de Lully.

Sommes-nous donc tous devenus ou en train de devenir des Sam-Suffit de Lully? La réponse est sans doute oui. Le mal frappe tous les partis, dont les édiles sont aveugles. Elles croient qu'un dialogue sain peut convaincre les habitants d'accepter des voisins. Le résultat, c'est souvent le laminement lent de projets ambitieux comme ceux des communaux d'Ambilly ou des grands Esserts à Veyrier. A noter que, dans ces deux cas emblématiques, ce ne furent pas d'affreux UDC qui menèrent ou accompagnèrent la fronde, mais des libéraux bien en cours. Isabel Rochat à Thônex, Thomas Barth à Veyrier. 

Le vote des Bernésiens montre aussi le faible impact des partis majoritaires sur l'électorat. Ils ne sont plus un relais performants entre les autorités et les citoyens, ils ne maçonnent plus ce liant qui tient les pièces du puzzle social ensemble. Ils ne sont pas parvenus à convaincre la majorité des Bernésiens que la construction de 180 logements étaient bonne pour la commune, bonne pour le canton. Inquiétant non?

Commentaires

  • Pas du tout d'accord. L'écart est minime, et sans les combines à la bernesienne, digne d'un hameau de 500 habitants, le projet passait haut la main. Il n'y a eu aucune concertation sur un projet simplement déconnecté. Bien sur, Nimby aurait frappé les habitants de Lully, du moins une partie de ceux-ci, mais jamais ceux des autres parties de la commune, comme Cressy ou Sezenove. A voir si maintenant les autorités de Bernex seront capables de changer de méthode. Personnellement j'en doute fort.

  • Cher Monsieur Mabut,

    Je suis tout particulièrement flatté d'être cité dans votre papier mais vous fait remarquer, tant à Thônex qu'à Veyrier d'ailleurs, que les projets concernant ces deux communes ne se sont jamais aussi bien portés que depuis que le dialogue avec l'Etat s'est installé. Le temps perdu sur ces dossiers résulte justement du manque de volonté des magistrats cantonaux de l'époque d'envisager une vraie concertation. François Longchamp, lui, l'a compris.

    D'autre part, il est incroyable que vous ironisiez sur le fait qu'un "dialogue sains peut peut influencer les voisins." Interrogez seulement les associations de quartier et les voisins des Grands Esserts à Veyrier et vous verrez, Je vous fais remarquer que personne, ni la commune, ni les voisins, pas plus que les associations de quartier ne se sont au final opposés au déclassement de la zone agricole : nous aurions perdu plusieurs années ! Enfin, le travail quotidien en vue de l'élaboration du premier PLQ se déroule bien, posez la question, là aussi, à la Direction des Grands Projets de l'Etat.

    Votre vision des choses résulte, en l'occurrence, d'une méconnaissance de l'avancement de ce projet et je vous invite à nous rejoindre le 14 novembre au soir pour la prochaine séance d'information publique à Veyrier, en partenariat avec l'Etat.

    Bien cordialement,
    Thomas BARTH

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