André Hurter, un fusible nommé Don Quichotte devenu vizir

IMG_3512.JPGIl y croyait fermement à l'énergie éolienne le bon André Hurter. En juin dernier, alors qu'il savait que sa tête était déjà sur le billot, il montrait, passionné, la carte de Suisse, où il avait planté des petits drapeaux. Là où il rêvait de dresser des moulins à vent. Un Don Quichotte André Hurter emporté par le vent? Sans doute, mais un Don Quichotte qui était devenu le vizir des SIG, à la place du grand vizir socialiste Daniel Mouchet. Ce n'est donc pas le vent qui la tué. Le nouveau vizir Alain Peyrot devait retrouver sa couronne pour le bon fonctionnement des institutions. C'est fait.

Sa descente en vol, un beau matin de septembre, pour faute grave dans un investissement mineur n'est qu'un prétexte. Les représentants de ceux qui, majoritairement, ont voté la fin du nucléaire à Genève, mais qui, faute de vent sur leur territoire et ayant refusé, tantôt deux siècles, de l'étendre à ses frontières naturelles, les crêtes du Jura et du Salève, se trouvent fort dépourvu quand la bise est venue, ne peuvent abandonner les éoliennes.

Mauvais vent pour les éoliennes la bise. Trop capricieuse. Comme ces Genevois qui, du haut de leur morgue, à force de traiter les autres de rupestres, se sont retrouvés cul par-dessus tête, partout où ils ont eu le culot de vouloir planter leurs grandes ailes sous le nez des autres. Sans même débourser de quoi convaincre les locaux. On est Genevois ou on ne l'est pas. C'est ainsi que leurs petits investissements dans l'éolien se sont envolés comme les ambitions de Perrette dans le pot au lait. Un lait que les Genevois paient tout de même deux à trois fois plus cher qu'en Europe, protection de la paysannerie et du paysage suisses oblige.

Cette affaire, où un directeur général tire la prise parce que, nous dit-on, 46 millions sont menacés de disparaître sans qu'aucune faute ne puisse lui être imputée, alors que les SIG dégagent un chiffres d'affaires d'un milliard de francs, laisse songeur. Pas un franc n'a été perdu à ce jour, à moins d'imaginer des détournements chez Ennova.

Saura-t-on bientôt officiellement ce que l'on reproche d'autre à ce fusible opportun? Quelqu'un peut-il jurer qu'aucun ancien directeur n'a dilapidé les sous des Genevois dans des investissements aventureux ou somptuaires? Certes non. La cause de la chute d'Hurter est aillleurs.

Dans cette affaire, l'arrêt brutal des ventilateurs laisse un silence évidemment assourdissant, qui par contraste fait entendre celui des Verts? Cois!

Derrière les éoliennes et plus sérieusement, c'est la politique de sortie du nucléaire qui se joue, mais aussi celle d'un mythe que colportent les tout puissants électriciens suisses, le mythe que la Suisse devrait en matière électrique produire 100% de sa consommation. Une aberration économique dans une Europe ouverte. L'enjeu de la sortie du nucléaire est une équation à multiples inconnus. L'enjeu principal plus encore que le remplacement des chaudières nucléaires de créer un réseau électrique européen efficace.

Sur la chute d'André Hurter, on lira le très éclairant blog de Pierre Weiss qui détourne habilement l'attention en tirant sur un petit couteau Vert'lib. Dans la campagne électorale, le PLR doit à la fois valoriser le tribun Stauffer, des fois qu'il faudrait composer avec son lieutenant Poggia au soir du 10 novembre, et discréditer les Verts-libéraux qui risquent de faire perdre quelques députés aux jeunes mariés radicaux et libéraux.

 

Il faut lire aussi le commentaire posté sous le communiqué de presse officiel des SIG annonçant la démission d'André Hurter. Je le recopie ci-dessous au cas où il serait retiré...

Commentaires (1)

Victor 12 septembre 2013 à 23:59

 

M. heurter n'est pas responsable du retard pris dans l'implantation des éoliennes, sont seul souci est d'avoir cru que le bon et râleur peuple Suisse était un peu moins buté et que les réussites à l'étranger serviraient d'exemples. les énergies renouvelables sont indispensables avec le nucléaire de plus n'en plus contesté et les dangers potentiels qu'il représente, il a été un visionnaire, un précurseur en Suisse il n'y a qu'à voir le nombre impressionnant de centrales solaires installées sur Genève ces dernières années. L'avenir prouvera qu'il a eu raison d'y croire.
Ce jour SIG perd un DG de première ordre, dommage pour Genève et la region mais il sera certainement regretté et les prochaines années lui donneront raison j'en suis certain.
Bon courage à lui dans cette difficile épreuve.

Commentaires

  • Je pense que l'on peut dire que cette affaire, plus qu'un coup de vent, révèle un profond problème de gouvernance non seulement aux SIG, mais dans la plupart des régies publiques genevoises.

    Les SIG sont dirigés depuis des années par une caste de cadres "hauts fonctionnaires" qui font ce qu'ils veulent. Les prix usuraires administrés, des investissements hasardeux, une incroyable séparation de cette grande régie de la population et de ses besoins - ils doivent probablement encore appeler leurs clients des "abonnés". Le conseil d'administration des SIG s'est réveillé un peu tard, semble-t-il, et au prix de la démission du directeur général.

    Dans un autre registre, les TPG font bêtises sur bêtises... au mépris des besoins de sa clientèle. Et pensez-vous que la direction générale en fait les frais? Non, c'est sur Madame Künzler que l'on tape, encore et encore. Il n'y a qu'à voir les brulôts de "Homme Libre" pour s'en convaincre. Il a fait de la supposée défaite de Madame Künzler aux prochaines élections un thème de propagande.

    Mais au fond, il y a deux régies publiques, deux sérieux problèmes de gouvernance, et deux attitudes diamétralement opposées du peuple et de la presse.

    Finalement, tout cela apporte de l'eau (je devrais dire du vent) au moulin de Stauffer et c'est bien regrettable.

  • Bravo pour ce commentaire réaliste. Le rôle des Verts que vous avez trop pudiquement effleuré me paraît plus central, et je dois le dire, me révolte.

    A l'entendre, le Verts sont les seuls à être épargnés dans ce "drame", alors qu'ils sont à l'origine et à la conclusion de cet éventuel gâchis!

    Le montant des mandats encaissés par les Verts et/ou Madame Chevalley ne semblent pas être anodins.

    De plus, M. Hurter a été pris dans un panier de crabes politiques dans lequel les intérêts financiers à court terme prennent le pas sur un business plan.

  • Merci pour cet excellent billet. On aimerait voir plus d'articles aussi critiques dans votre journal !

  • Excellent commentaire! Mais qui payera la note d'électricité ?

  • @ Déblogueur :

    " Les SIG sont dirigés depuis des années par une caste de cadres "hauts fonctionnaires" qui font ce qu'ils veulent. "

    Cette affirmation est inexacte !

    SIG est un établissement de droit public autonome doté de la "personnalité juridique", coiffé d'un Conseil d'administration. A ce titre les statuts du personnel de SIG sont distincts de ceux de l’État. Par conséquent ses cadres ne peuvent en aucun cas être qualifiés de "hauts fonctionnaires qui font ce qu'ils veulent". J'en veux pour preuve l'événement qui nous réunit : la "démission" du DG André Hurter.

    Contrairement au personnel de l’État de Genève, celui de SIG n'a pas le statut de "fonctionnaire" !

  • @ Jean d'Hôtaux - j'ai pu fréquenter ces Messieurs dans un contexte professionnel, et je ne retire rien de ce que j'affirme. Ce sont de haut fonctionnaires, imbus d'eux-mêmes et méprisants de leurs clients, vivant dans une "bulle" complètement déconnectée de la réalité.

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