Merck: peut-on éviter la punition collective?

merck serono.jpgLa décision de Merck de fermer Serono à Genève prend des allures de punition collective. Elle résulte sans doute d'un catéchisme économique seriné dans les écoles de management partout sur la planète, qui fait fi des gens, de leur vécu, de leurs histoires, de leur vie culturelle, des amitiés qu'ils ont tissées, et est tout entier tourné vers la préservation et le rendement du capital. De fait, nous ne sommes pas encore au temps où des robots seront seuls à la tâche, contrôlés de loin. Et nous ne devons pas non plus tenir la sédentarité comme seul idéal.

Le choc est total, brutal. Il frappe Genève comme il a frappé et frappera encore d'autres régions. Il nous réveille de notre jardin local que nous les sédentaires - les autres ne sont pas des citoyens - (a)ménageons avec précaution, principe que nous allons inscrire dans notre constitution.

Face au fait accompli, seul le syndicat Unia semble ne pas vouloir rendre les armes sans combattre.

Dès hier matin, le président du Conseil d'Etat affrontait le séisme - le mot même dit la fatalité et l'inexorabilité de l'événement - en urgentiste qui ne saurait remettre en cause les forces mêmes qui ont provoqué le cataclysme. Même réaction fataliste, dans l'après-midi, du nouveau jeune président du Parti socialiste Romain de Sainte-Marie, qui tente de corriger le tir dans son blog, et du vieux routier Robert Cramer. Merck Serono, à Genève, c'est fini. Seul demeurera le bâtiment de Sécheron qui a coûté des millions et abritait une partie du monstre administratif qu'était devenu le géant allemand de la pharmaco-chimie si l'on en croit les déclaration d'un de ses dirigeants.

Peut-on contrer ce qu'on nous dit commandé par la logique économique? Les citoyens et leurs représentants élus paraissent fort démunis.

Première évidence, douloureuse pour la presse, notre information est entièrement déterminée et détenue par l'entreprise. Impossible de vérifier ses dires et ses prétentions. Info ou botox?

Certes le franc fort, l'action des gouvernements pour diminuer les prix des médicaments, les coûts et les difficultés de la recherche confrontées elle-aussi au principe de précaution et à la lenteur du monde politique peuvent faire débat. Interpharma, le lobby des pharmas, sans un mot de compassion pour les travailleurs licenciés ou délocalisés, en appelle au Conseil fédéral pour qu'il améliore les conditions cadre de la recherche en Suisse.

Depuis des années, Interpharma critique les lourdes procédures requises pour lancer des essais cliniques ainsi que les retards d'autorisation de mise sur le marché de médicaments et de leur admission au remboursement, phénomènes qui ont fait diminuer de 40% les essais cliniques réalisés en Suisse.

En clair, les fonctionnaires et les élus qui font les lois sapent l'économie du pays.

Bien d'autres questions restent ouvertes ce matin:

Doit-on forcément regrouper les sièges en un seul site? Bien des multinationales se sont installées à Genève leur centre pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen Orient, Merck ne pouvait-elle pas restructurer son siège genevois dans ce sens? Doit-on craindre sinon le retrait d'autres sièges d'autres entreprises?

Pourquoi les chercheurs genevois ont-ils un pipeline vide - c'est du moins ce qu'on dit, est-ce seulement vrai? - Pourquoi Boston, Darmstadt ou Pékin seraient plus performantes dans ce domaine que Genève? Au-delà des équipes de recherche et de développement de Merck Serono, le canton et ses institutions - l'université, le monde médical, les banques, les administrations - ont-elles failli. Qu'est-ce qui a manqué à Genève pour conserver son leadership dans les sciences de la vie?

A-t-on manqué de vigilance, d'alerte pour mieux accompagner ce genre de restructuration? L'opinion, relayée parfois amplifiée par les médias, s'émeut de l'accident économique et du nombre de personnes concernées. Mais combien d'emplois ont été créés et supprimés en catimini en 2011 à Genève?

 

 

Commentaires

  • Il faut repenser notre relation avec les grandes structures.
    Avoir un relation suivie, si cela n'est pas possible l'exiger.
    Il est étonnant, sachant que depuis des mois des rumeurs alarmistes circulaient que le patron genevois n'a pas parler avec les autorités.
    Parler de fatalité

    est un peu court et même si nous réagissons symboliquement, il faut le faire.
    Les medecins relancent des aujourd'hui leur action de boycott

  • Hier, sur Genève à chaud j'ai eu une révélation. Après Unger "nous savions depuis longtemps, mais que voulez-vous", l'idéologue Emery-Torracinta "que des problèmes avec les multinationales", le pathétique Stauffer de phrase en péri-phrase, puis "Moi je - avec moi jamais cela", le Dr Buchs se cantonne dans le rôle de l'observateur médical - pourquoi pas , Mauris /PLR qui cherche à contrer Emery-Torracinta en pure politique politicienne, voilà le petit dernier, je nomme Seydoux qui avance deux ou trois propositions constructives et même intelligentes. Grâce à Décaillet, je sais maintenant pour qui voter.

  • "Elle résulte sans doute d'un catéchisme économique seriné dans les écoles de management partout sur la planète, qui fait fi des gens, de leur vécu, de leurs histoires, de leur vie culturelle, des amitiés qu'ils ont tissées, et est tout entier tourné vers la préservation et le rendement du capital."

    Ben oui, il a fallu cette dernière affaire pour vous le faire comprendre? La capitalisme, c'est ça. Tout pour le profit. Les gens, c'est jetable. En Suisse de plus il n'y a guère de protection côté travail.

    Et côté forfait fiscal, le ce s'est fait rouler dans la farine, ms a obtenu le beurre et l'argent du beurre.

Les commentaires sont fermés.