Jean Studer ment-il comme tous les ministres des finances?

neuch matin fév 10.pngLa question se pose une nouvelle fois alors que la ronde des comptes a démarré. En pleine récession - l'année 2009 a été la pire depuis quelques lustres - alors que les Etats voisins se débattent dans des déficits abvssaux, la Confédération et la plupart des cantons suisses annoncent ou vont annoncer des comptes bénéficiaires.

Commençons par le canton de Neuchâtel, dont le ministre socialiste craint l'appauvrissement. L'Etat dépense bientôt deux milliards de francs par année pour fabriquer du service public. Il affiche un petit déficit de 32 millions pour l'exercice 2009. Pile dans la cible du budget voté en automne 2008. Du grand art! Qui vaut les fleurs de la presse locale au grand argentier.

Sauf que le journal Le Temps d'hier titre lui sur un déficit de 15 millions? Les comptes auraient-ils été manipulés? Quant au Matin [cliquer sur l'image pour l'agrandir], tout en sobriété, il se contente d'une citation qui donne l'impression que le grand Jean est patron d'un magasin de porcelaine...

neuch arc info.pngAlors ce déficit neuchâtelois, il est de 15 ou de 32 millions? Et le canton a-t-il vraiment besoin de claquer 16 millions pour se payer un coach chargé de chasser le gaspil?

Sur la question du déficit, il suffit de lire le communiqué officiel pour se rendre compte que le déficit annoncé de 32 millions a été aggravé par l'ajout d'une dépense non prévue au budget 2009. Une dépense qui ne correspond à aucune prestation en 2009, une dépense qui est une réserve conjoncturelle qui servira à amortir le déficit attendu en 2010 et donc à manipuler dans l'autre sens le résultat de cette année!

cpte 2009 commenté.pngAjoutons que Neuchâtel n'a investi que 92 millions en 2009 contre 136 millions prévus au budget. De ce fait, le canton se paie le luxe de rembourser sa dette d'un million de francs. En période de creux conjoncturel on a fait mieux comme plan de relance. On notera aussi que la manipulation du déficit ne change pas le montant de l'excédent de financement.

S'agissant du coach chargé de résorber le déficit structurel du ménage neuchâtelois, elle démontre que les gouvernements n'ont que rarement le courage de faire les choix qui s'imposent. Ils ont besoin d'un fou du roi qui leur dise où l'Etat est nu. C'est ainsi. Plus personne ne prend de décision en politique sans s'entourer d'experts. D'autant qu'à Neuchâtel, l'excédent de charges de 2009 est surtout une insuffisance de recettes fiscales.

Pour la petite histoire, on se souviendra qu'il y a 15 ans, Genève se débattait dans des déficits bien pires. C'est le peuple qui imposa un audit général de l'Etat via l'initiative Halte aux déficits, contre l'aval des autorités et donc de l'administration. L'audit a fini dans un tiroir.

Deux précisions encore. ça n'est pas la première fois que le ministre Studer manipule le résultat du compte de fonctionnement par le petit jeu des provisions. Et il n'est pas le seul. En 2008 Broulis et Hiler ont fait la même chose.

Tous des Grecs! Non! Deux circonstances atténuantes pour nos ministres:

  • Ils écrivent noir sur blanc comment ils font. La manipulation est transparente. Elle est aussi adoptée par les députés.
  • Politiquement il y a une vertu à manipuler les comptes. Un bénéfice trop important suscite des appétits les syndicats veulent des conditions de travail meilleures, les contribuables veulent payer moins d'impôt - dame, le bénéfice ne s'appelle pas excédent de revenus pour rien - et le lobby des constructeurs veulent davantage d'investissements et donc de chantiers.

Le cas de Neuchâtel est particulier. Studer a aggravé le déficit 2009. Est-il masochiste? Non, car sa petite manipulation lui permet d'être dans la cible du budget, donc d'apparaître comme un bon grand argentier. En outre des comptes un peu plus rouges vont limiter les appétits cités ci-dessus. Accessoirement ils ont permis de faire avaler la pilule du coach sans coup férir ou presque.

Que sortira le coach de sa casquette? D'épais rapports et une kyrielle de mesures. Et si Neuchâtel vendait son université?

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Le Monde du 24 février

Commentaires

  • "L'audit a fini dans un tiroir."

    Deux audits simlaires ont déjà été conduit à Neuchâtel par le passé, de respectivement 1 million et 500'000 CHF: ils ont connu le même destin.

    De plus on pourra faire tous les audits possibles et imaginables: Si la gauche du Grand Conseil s'oppose systématiquement à toute réforme des services de l'Etat celà ne servira à rien, même publié...

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