La révolution copernicienne des communes genevoises

394392436.jpgComment piloter le développement urbain du futur Geneva green downtown dans le respect de notre culture démocratique? La question n’a fait jusqu’à présent l’objet d’aucun débat politique. Les autorités et les urbanistes, la presse et les groupements citoyens ne se sont pas demandé si nos institutions actuelles étaient à la hauteur de l’enjeu de l'urbanisation du furtur quartier Praille-Acacias-Vernets.


Cette question ne conteste ni ne met en cause les compétences et les qualités des personnalités qui composent aujourd’hui le Grand Conseil, le Conseil d’Etat, les Municipalités de la Ville de Genève, de Carouge ou de Lancy. Elle s’interroge sur la pertinence de leur confier le pilotage politique direct d’un tel projet.

Les règles démocratiques en vigueur donnent aux communes des droits de veto  qui sont incompatibles avec l’intérêt de l’ensemble du canton. Souvenez-vous de l’échec de la Maison de la danse pour ne citer que le dernier en date. Le projet intercommunal, patiemment monté comme un château de cartes, s’est effondré quand quelques citoyens de Lancy ont décidé de lancer un référendum. Ils l’ont gagné et Genève a perdu la Maison de la danse.

Le Stade de Genève n’aurait jamais vu le jour sans l’engagement fort et financier du canton, alors que le sport est avec la culture les deux seules compétences premières des communes. Il en va ainsi du Musée d’ethnographie, de la Nouvelle Comédie, de la patinoire des Vernets, de la rénovation du Musée d’Art et d’histoire, etc. Des projets à l’évidence de portée cantonale et même régionale, dont le sort dépend des seuls citoyens de la ville de Genève Et ce alors que nombre d’habitants des communes aisées du bord du lac, ainsi que bien des travailleurs frontaliers paient un impôt communal en Ville de Genève.

Le bon docteur Bertrand Buchs n’a évidemment pas aimé ma dernière note à ce sujet. Je conviens que le mot nains de jardin pris au premier degré pouvait être quelque peu désobligeant. Les nains de jardin ne sont pas en l'occurrence les personnes en chair et en os, mais ce que les institutions les obligent à être, des chipoteurs de virgule vu qu'à Genève les compétences communales sont réduites à une peau de chagrin.

Ne vous en déplaise, les conseillers municipaux genevois n’ont pas vocation - et c'est heureux - à piloter le développement urbain de PAV. Carouge d’ailleurs en ne dépensant pas un franc pour le stade de Genève, qui a pourtant à 50 mètres de sa frontière sud, a parfaitement démontré dans quel mépris cette commune riche  tenait l’intérêt cantonal et régional. Certes vous me direz que le théâtre de Carouge sauve votre honneur. Et vous aurez raison. Mais il s’agit d’une exception.

Aujourd’hui, et depuis quelque temps déjà l’intérêt cantonal et régional réclame des communes une révolution copernicienne. Au XXIe  siècle, à Genève, le berceau de la démocratie n’est plus dans les communes, il est au mieux dans le canton, demain dans la région.

Comment piloter le nouveau centre-ville vert de Genève?

Cette question devrait fait l’objet d’un débat au Grand Conseil. Des propositions devraient être émises, discutées et sanctionnées dans une loi de gestion de ce futur quartier.

Une solution serait de créer une Agence urbaine publique autonome de La Praille Acacias Vernet. Placée sous l’autorité d’un Conseil d’administration, flanqué d’une assemblée générale des usagers du périmètre et placé sous la tutelle du Conseil d’Etat. Une agence dotée d’une direction opérationnelle disposant de larges compétences en matière d’urbanisme et de financement confiés par les communes et le canton sur la base d’une loi-mandat de prestation soumise au référendum cantonal.

Cette agence a existé jusqu’au moment où son mandat a été élargi. Il s’agit de la FIPA. Il suffirait de la recréer, d’augmenter le champ de ses responsabilités et ses moyens et de la doter des instruments qui préservent notre culture démocratique.

Ainsi Genève innoverait non seulement en matière urbanistique, écologique, culturel, mais aussi en matière politique en créant un véritable laboratoire de démocratie adapté aux enjeux du futur Geneva green downtown.

Commentaires

  • Cher Monsieur Mabut,

    C'est en tant que Conseiller municipal que je viens à vous ici. J'aimerais vous dire que la Cité Sarde n'a pas attendu la vivacité du Théâtre de Carouge pour être connu et reconnu comme une Ville où il fait bon vivre. De par son architecture, son urbanisme, sa vie associative enviée de beaucoup, Carouge est une ville par excellence dans laquelle on aime venir flâner, faire le marché, ses courses, boire un verre, bref, vivre en toute quiétude. Alors le Théâtre de Carouge n'est pas le seul pretexte pour dire que Carouge est une ville je le rappelle où il fait bon vivre.
    Quant au stade de Carouge, il est vrai que c'est une aubaine pour Carouge. Ensuite des matchs, les fêtards aiment venir finir la soirée à Carouge. C'est un avantage commercial et les restaurants, bistrots auraient torts de s'en priver.
    L'inconvénient réside dans le faite que les gens sont trop bruyants et ne respectent pas le sommeil des autochtones.
    Quant au PAVE, là j'ai peur de l'avenir. De sérieuses études devront être menées pour l'urbanisme, l'écologie de cette région. Une authentique politique devra être menée pour que Carouge, tout comme Lancy de deviennent pas des "banlieues" où des lieux d'"arrêts tardifs". En ma qualité de Conseiller municipal à Carouge, j'ai demandé au Conseil administratif d'auditionner les auteurs du projet. En effet, il serait intéressant même pour des Conseillers municipaux de voir dans quelles eaux leur Ville va vivre. Là où je suis d'accord avec vous sur l'idée de créer une Agence publique urbaine où le tout un chacun pourrait se renseigner, donner son avis. Car ce mastodonte mérite d'être certainement corriger, j'en passe et des meilleurs. Je vais réfléchir pour une évuentuelle proposition allant dans ce sens au prochain Conseil municipal de Carouge: Le but serait en toute évidence d'inviter le Conseil administratif de Carouge à intervenir auprès des Autorités cantonales pour qu'une Agence telle que vous la proposer voie le jour.
    Bien amicalement.

    François

    Clin d'oeil : l'histoire des nains de jardins, c'est de la farandole sur la place de Carouge !!!

  • Franchement - bon, ça peut paraître stupide - mais moi, quand je vois des anglicismes aussi bateaux que "Geneva green downtown" ... j'en tombe sur les fesses.

    Genève veut se la jouer comme Zurich ? C'est pour faire plaisir aux milieux bancaires dont la langue de travail est l'anglais ?

  • L'urbanisme est chose trop sérieuse par son interdisciplinarité pour le laisser aux mains d'incompétents sous prétexte qu'ils sont élus.

    Si les règles démocratiques en vigueur donnent aux communes des droits de veto parfois incompatibles avec l’intérêt de l’ensemble du canton, il est incontestable que la gestion financière de l'ex-magistrat "libéral" de la VGE laisse à désirer, dont le gouffre se fait sentire aujourd'hui.

    Voyez le dossier de la Potinière (c'est aussi vrai pour le Restaurant du Parc des Eaux-Vives)! Situé dans un des poumons de la ville, ce restaurant a connu une longue période d'inactivité, sa rénovation a vu sa facture gonfler de 51% par rapport au crédit contracté sans que le complément n'ai été discuté.

    Il ne faut pas se demander encore pourquoi son entreprise familiale héritée, qui battait déjà de l'aile avant son élection a fait faillite après celle de la commune. Fuyard, les yeux ne regardant jamais l'interlocuteur, ne sachant pas aligner trois mots, il ne peut que charger son ex-collègue responsable des constructions. Ce dernier, certes lâche parfois mais brillant juriste au verbe haut, élégant, excellent technicien autant qu'artiste dans ses réalisations a raison de se défendre contre la patate chaude ainsi refilée.

    Alors, quand on cessera de mettre des politiques sans envergure dans des départements statégiques, la révolution copernicienne pourra advenir.
    Voeu pieux? Non, un peu de volonté, que diable!

    La sanction devrait être rétroactive dans ce cas. Déjà aidé par le service d'économie de l'état, il faut espérer que la justice fasse son travail sans considération d'une pseudo-étiquette politique.

    P. S. "Il n'y a pas de source de profits aussi sûre que l'économie." (Publilius Syrus)

  • Etonnée que votre excellent article ne suscite pas plus de réactions... plus intéressant que toutes déclarations d'intentions. Des dossiers municipaux refont surface néanmoins sur le même médium, à la grande joie des contribuables. On apprend ainsi qu'un domaine vital géré par un ex-magistrat "soucieux de la rigueur financière" manquait d'une direction opérationnelle digne de ce nom, souffrait d'une politique des ressources humaines catastrophique, marquait une attribution inique des biens sociaux disponibles dénombrables, etc.

    Si la révolution copernicienne des communes doit passer par la restructuration du champ de leurs charges et responsablités, la dotant d'instruments légaux adéquats, il faudrait peut-être aussi créer une possibilité de sanctionner rétroactivement les errements d'un pouvoir occupé uniquement par son image sans contre-partie.

    Reste à espérer que la magistrate en place agira de manière équitable sans considération partisane, qu'elle mette fin aux éventuels baux de locataires défunts, aux logements probablement occupés par des hauts fonctionnaires de la municipalité, etc, etc.

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