Un triste débat digne d'une élection municipale

 

"Nos sondages ne sont pas scientifiques. Et on peut les manipuler..." Il est près de 23 heures hier soir. Romaine Jean tente maladroitement de redresser une émission ubuesque. Le dernier des six mini-débats qui ont rythmé le grand débat électoral sur la TSR portait sur la question (scandaleuse en soi): Faut-il interdire les minarets en Suisse? Plus populiste, tu meurs! Résultat du sondage par SMS: 68% des téléspectateurs votent oui. Applaudissements de Freysinger et cris d'orfraie de ses malheureux contradicteurs, réduits au rang de faire valoir d'une émission de télé-achat, et d'une flopée de candidats à l'Assemblée fédérale, réduits au rôle de spectateurs potiches et applaudissant.

 

Télé-achat ou télé à l'italienne. Mais la TSR n'a pas (encore) oser assumer jusqu'au bout les règles du jeu du cirque cathodique: offrir des speakers et des speakerines glamours et entrelarder les séquences de concours et de spots publicitaires. Deux-heures trente durant, la première chaîne romande a servi hier soir une soupe écœurante, un bien triste spectacle. Heureusement, une grosse majorité des téléspectateurs ont préféré les séries américaines ou la xème rediffusion du Casse sur TSR2 ou carrément se priver de télé. Un rapide sondage dans la rédaction révèle qu'ici personne n'était devant le petit écran. (Mais les journalistes ne sont pas représentatifs de la population.)

 

 

Organiser un débat politique à la tv relève du casse-tête. L'idée de réaliser six mini-débats de 20 minutes n'était pourtant pas mauvaise. Elle a donné du rythme à l'émission. Celle d'introduire chaque question par une scénette sur le mode de la télé-achat aurait pu se révéler séduisante si les acteurs avaient été excellents. Mais la télé-achat est par définition une télé bon marché. Il fallait donc s'entendre au pire.

 

Pas mauvaise non plus l'idée de demander leur sentiment à des témoins extraits de la "société civile" à l'issue de chaque séquence. Mais le choix des trois témoins a achevé de donner un tour caricatural à l'émission. L'entrepreneuse bernoise n'avait rien à dire (merci pour les femmes), le jeune de service s'est opportunément et habilement réfugié dans la dérision. Seul l'avocat Marc Bonnant s'est tiré de se guêpier à son avantage et sans trop forcer son talent oratoire qui est grand. En distillant dans des plaidoiries distanciées, à la limite de la suffisance et de la vacherie, une pensée somme toute bien droitière.

 

En revanche, hautement risquée était la décision de sonder les téléspectateurs par SMS. Les questions choisies forcément simples pour ne pas dire simplistes ont favorisé la dérive populiste et rabaissé le débat au niveau d'une séance de conseil municipal ou de café du commerce.

 

Tout aussi risquée fut le choix de retenir des thèmes "choisis" par les téléspectateurs (où sont les journalistes?). Salaire des managers, augmentation du nombre de crèches, congé paternité, interdiction des voitures polluantes, interdiction des minarets. Le ton était donné et l'UDC avait gagné.

 

Jusqu'au propos surréaliste d'André Baud qui introduit le résultat du sondage sur les minarets par cette phrase: "On reproche souvent à la TSR d'être éloignée du peuple". Voilà le résultat. L'état zéro de la politique.

 

 

 

 

Commentaires

  • Il faut dire que le pompon est à décerner à notre cher Stauffer qui nous a fait mourir de rire en déclarant que les usines nucléaires ne rejetaient que de la vapeur d'eau !
    PS vous voyez que les frontaliers s'intéressent aussi à la politique genevoise !

  • Vous avez parfaitement raison.
    De la même manière, vendre comme le fait la SSR son sondage hebdomadaire sur les intentions de vote comme une photo de l'opinion, alors qu'il s'agit de scrutins cantonauxs relève de la manipulation. Ce qui en période électorale, de la part de la seule chaîne nationale, qui plus est publique, me parait extrêmement grave.

  • Il y a bien des choses à dire à propos de la TSR et de son positionnement dans cette campagne.

    Il faut notamment dire que la TSR n'est pas du tout impartiale dans cette campagne. Sa pratique favorise les grands partis.

    J'en veux pour preuve que lors des "débats" sur le Conseill des Etats, les candidats indépendants n'étaient pas placés sur le plateau avec les autres candidats mais dans le public!
    Cela veut dire que pour la TSR, il y a des candidats de classe A et des autres, de classe B! Après la médecine à deux vitesses la télécratie à deux étages
    Ceci est scandaleux car la TSR est au bénéfice d'une concession publique unique et touche la majeure partie de la redevance. En situation de monopole elle se paie le luxe de se subsituer aux citoyens de ce pays pour déterminer si un candidat est plus ou moins important! En agissant de la sorte, la TSR prend parti et devient un rouage politique alors qu'elle doit se contenter d'en être l'observateur.

    Autrement dit, la TSR qui est la seule chaîne nationale de langue française, se positionne au dessus de la démocratie!

    Il faut rappeler ici que chaque candidat, quel que soit son apppartenance politique, doit être parrainé par 200 citoyen(ne)s pour valider sa candidature.

    Dans une démocratie, la légitimité vient du Peuple, pas de la télé!

    Au cours de la campagne la légitimité de chaque candidat est donc la même.

    C'est le côte très fort de la législation française qui donne le même temps de parole sur les ondes à chacun des candidats.

    Cette arrogance de la TSR est non seulement insupportable mais elle est doublée par celle de certaines journalistes.

    Mieux Madame Mamarbachi qui s'est lamentablement trompée en annonçant que l'élection au Conseil des Etats était une majoritaire à un tour, alors qu'il s'agit d'une élection à deux tours, a refusé de faire un correctif à l'antenne au motif qu'il n'y aurait plus de débat!!!!

    Une fois encore, on constat ici le danger qu'il y a dans les monopoles.

    Ils entraînent inévitablement l'arrogance et la suffisance de ceux qui en bébénificient.

    Cela vaut autant pour le secteur privé que public. Les dossiers en cours sur l'aéroport et les SIG viennent à point nommé pour le prouver.

    Vivement la mise en place de cette Constituante pour mettre un bon coup de balai dans ces situations bancales.

    Merci d'avoir été aussi attentif à ces déraillements.

    Bravo à la TG qui, en situation de concurrence difficile, vient nous démontrer avec ce site que c'est bien elle, la concurrence, qui pousse tous les acteurs d'un secteur à être meilleurs que leurs concurrents par les actes!

  • "Où sont les journalistes", demandez-vous? Mais trop occupés à surtout ne rien dire ou faire qui puisse compromettre leur carrière! Lâcheté, vénalité, compromission sont les trois règles d'or de cette caste en pleine décadence. C'est le cas en France (cf. l'invisible affaire Cecilia S), y a pas de raison que ça soit pas aussi le cas à Genève ou en Suisse romande.

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