• La fourchette des salaires

    En Suisse, les salaires élevés ne sont que 2,61 fois supérieurs aux salaires les plus bas (on compare la tranche des 10% plus hauts à celle des 10% plus bas). L'écart était de 2,39 en 1995. La Suisse fait figure de bon élève, puisque l'écart moyen des pays de l'OCDE était de 3,39 en 2005. La Norvège est à 2,21 et la Suède à 2,33.

     

    Economiesuisse qui relaie ce jeudi la statistique de l'OCDE (Perspective de l'emploi 2007) dénonce donc ceux qui prétendent que la fourchette s'ouvrirait largement.

     

    Economiesuisse oublie cependant que dans le même laps de temps, de 1995 à 2005, les Suisses ont changé de système de financement de l'assurance maladie. Qu'en outre la fiscalité indirecte, notamment la TVA et les autres taxes, et les loyers ont augmenté davantage que les salaires, frappant ainsi relativement bien plus les bas salaires que les plus hauts.

     

    Il faut encore considérer que même si les barèmes fiscaux progressifs corrigent un peu ces écarts. les plus hauts salaires sont souvent au bénéfice de primes ou d'avantages extra-salariaux. Enfin, les revenus des capitaux, très inégalement répartis, font de la Suisse tout sauf un paradis égalitaire. En termes de pouvoir d'achat, l'écart est donc bien plus élevé entre les tranches supérieures et inférieures.

     

    Hors concours évidemment de ce palmarès de l'OCDE: les supermanagers..., les chômeurs, les femmes aux foyers, les rentiers AVS (qui ne touchent pas de salaire) et les travailleurs à temps partiel non choisi.

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  • Du grain à moudre pour la Rome protestante

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    "Les recettes fiscales du négoce (pétrole, blé, coton et autres) au bord du Léman équivalent aujourd'hui à celles du secteur bancaire ou horloger", titre la Tribune ce jeudi matin.

     

    L'édition de cette semaine de Bilan chiffre le gain genevois sur l'impôt des frontaliers à quelque 440 millions de francs par année, net des 180 millions rétrocédés aux communes savoyardes et gessiennes et à la région (un chiffre pas si secret que le prétend le bimensuel).

     

    Bref dans tous les cas et pour l'essentiel, des recettes hors sol, résultat d'une alchimie qui attire dans notre région des activités les plus rémunératrices et les moins polluantes.

     

    Heureux les Genevois? Oui, mais aveugles! Car ces gains et cette aisance qui en découlent (il vaut mieux être pauvre à Genève que pauvre à Paris et je ne vous parle pas de New-York ou de Mumbai) ne donnent lieu à aucun discours ni action politique responsable et un tant soit peu original.

     

    Dans le cas des frontaliers, Genève rétrocède 3,5% de la recettes fiscale perçue à la source sur les salaires. Combien le canton devrait-il, pourrait-il rétrocéder aux pays où l'écart entre les plus riches (ceux qui sont clients de nos horlogers, banquiers et autres traiders et les plus pauvres est un multiple de chez nous? Nous sommes bien loin des 0,7% du PNB prôné par les Nations Unies.

     

    Genève, Rome du protestantisme capitalistique, voilà du grain à moudre d'ici Noël, toi, qui t'apprêtes à recevoir des dizaines de miliers de jeunes dans le cadre des rencontres de Taizé.

  • Aide aux montagnards et politique agricole

    L'aide suisse aux montagnards gère une fortune d'une centaine de millions de francs. Des dons et des legs exclusivement. Elle octroie environ 30 millions de contributions par an à environ un millier de bénéficiaires principalement des paysans. C'est Willy Streckeisen qui me rappelle l'oeuvre silencieuse et inconnu au bout du lac de cette Fondation d'entraide suisse.

     

    Retraité très actif depuis une dizaine d'années, Willy est expert bénévole auprès de cette institution et arpente les montagnes du Jura neuchâtelois et bernois et le Saanenland pour établir des dossiers. Aide d'urgence, assainissement des fermes, des fosses à purin et des étables, lois sur la protection des eaux et de l'environnement obligent, se taillent la part du lion. Mais l'aide suisse finance aussi des projets dans d'autres secteurs (énergie, santé, tourisme, etc.).

     

    Ancien directeur de la Chambre genevoise d'agriculture, au temps où l'on demandait aux paysans suisses de s'occuper de la production seulement (la Confédération s'occupait alors du reste: de l'écoulement et de la valorisation des surplus notamment), Willy Streckeisen est désormais un militant d'une agriculture socialement durable, un sage critique des plans quadriennaux de la politique agricole qui conduisent la Suisse à l'aurée de 2015 dans les bras de l'Europe, le dernier en date étant PA 2011.

     

    Proche d'Uniterre et de la Confédération paysanne, il plaide pour une agriculture libérée des chaînes du marché mondial (en clair du diktat de la politique agricole américaine). Il ne soutient pas le référendum contre PA 2011 qu'ont lancé les ultras emmenés par le viticulteur de Satigny Willy Cretegny, mais il pense qu'une initiative doit être lancée.

     

    Elle devrait redonner aux agriculteurs des plaines, des coteaux, des collines et des montagnes de quoi poursuivre pour toujours le travail de préservation des sols et de conservation des paysages et de la diversité des espèces animales et végétales, des goûts et des saveurs. Vaste programme qui réclame vraisemblablement plus qu'une loi.

     

    C'est le comportement de la majeure partie des consommateurs qu'il faudrait changer et convaincre de n'acheter plus que des produits arborant le triple label du respect: respect de l'environnement, respect des travailleurs agricoles et respect des ressources non renouvelables. Mais est-ce possible?

     

     

     

     

     

  • Ville, l'équilibre équilibriste

    La Ville de Genève nous promet de dépenser un milliard et 21 millions de francs en 2008. Et d'engranger 90'000 francs de revenus en plus. L'équilibre exigé par la loi est donc atteint formellement. Tous les documents sont accessibles ici.

     

    Un milliard de francs, ça fait environ 6'000 francs par habitant. Comme l'écrivait Patrice Mugny quand il était rédacteur en chef du Courrier, une famille de quatre personnes qui paient moins de 24'000 francs d'impôt communal par an est gagnante.

     

    Ces 24 000 francs de prestations municipales (auxquels il faut ajouter quelque 50'000 francs de prestations cantonales) se décomposent comme suit, selon le graphique fournit ce lundi par la ministre des finances Sandrine Salerno: un gros quart pour l'action sociale et le sport, un quart pour le service de la dette et l'aide au logements, un cinquième pour la culture et un sixième pour l'environnement et la sécurité.

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    C'est peu ou c'est beaucoup? Pourquoi pas un tiers pour l'action sociale ou la culture ou l'environnement? Qu'y a-t-il exactement dans la chapitre finances et logement? Salerno n'a évidemment pas donné de réponses à des questions qui n'ont pas été posées. Et qui ne le seront vraisemblablement pas, tant l'examen d'un budget est une opération de routine et de détails dans laquelle se noie la plupart des élus.

     

    Le message officiel explique en long et en large combien la recherche de l'équilibre a été difficile et qu'il a fallu se résoudre à quelques sacrifices. Mais que l'essentiel est sauf et que même les bébés auront un sucre en plus l'an prochain.

     

    Questions: comment la Ville justifie-t-elle d'encaisser en 2008 moins d'argent qu'en 2006? C'est pourtant ce qui ressort des chiffres publiés: 781 millions en 2008  contre 825 millions en 2006? La ville craindrait-elle une fuite de ses riches contribuables à la suite de quelques futures mesures paganiennes ou salernistes l'an prochain. Cette prudence est, il est vrai, le résultat des corrections affectant les comptes 2006 qui enregistrent des plusvalues fiscales imputables en fait aux années 2002 à 2005, mais l'on peut néanmoins se demander si la Ville ne pêche pas par excès de précaution.

     

    De même pourquoi réduire les investissements de dix millions, à 90 millions, alors que la marge d'autofinancement s'améliore et atteint 66% avec une enveloppe d'investissement à 100 millions?

     

    Pour le reste les nombreux documents du budget ne sont guère explicites sur la réalité du service public municipal.

     

    Aucun chiffre physique n'est livré en face des francs. Pas une information sur la fréquentation des musées, des théâtres, des bibliothèques. Pas un mot sur les surfaces entretenus, les tonnes d'ordures levées, le nombre de sportifs. Rien sur le nombre de locataires aidés, de personnes assistées. Etc.

  • Le mouton noir, c'est donc Blocher!

    Après la détestable affiche du mouton noir, l'UDC publie des annonces dans la presse sous le titre "Un plan secret pour évincer Blocher".

     

    Dans le rôle de la victime, le tribun zurichois fait plutôt rigoler. En fait, il n'y a pas de plan, ni de secret, mais la dramaturgie de l'annonce laisse planer le doute. Tout juste si le projet supposé d'éviction n'a pas été concocté à l'étranger.

     

    Les Suisses ne devraient pas se laisser abuser par cette triste mascarade. Ni par les arguments démagogique du placard. Les leaders politiques ont, il est vrai, eux-mêmes allumé la mèche par des déclarations vindicatives à l'encontre du conseiller fédéral. Sans mesurer que l'UDC allait s'en servir à son profit.

     

     

    Se fabriquer des ennemis est une vieille tactique. Si l'UDC juge l'opération opportune, c'est peut-être que le virus xénophobe a peut-être perdu de sa virulence ou qu'il a infecté tous les partis, obligeant l'UDC à une surenchère caricaturale, un peu comme le ver vert s'est installé dans les programmes de gauche comme de droite, privant les écologistes d'une partie de leur fonds de commerce.

     

    L'humour étant toujours le meilleur antidote à la c..., ce dessin publié lundi dans la Tribune m'a réjoui.