Des bourgeois squatters?

rhino.jpgLes squatters de Rhino et la Tour ont donc manifesté leur mécontentement. Rituellement (normal, notre société a brûlé ses rites religieux pour s'emmurer aussitôt dans des rites païens, citoyens et consuméristes plus liberticides). Et violemment, confirmant au passage l'actualité de ce vieux dicton: qui fait l'ange fait la bête.

Nos gentils squatteurs et ceux qui les défendent ont tout aussi rituellement été «débordés» par des casseurs. Non pas de la racaille chère à Sarkozy (le ras-le-bol était vraiment populaire dans le neuf treize et ailleurs dans les cités françaises), mais de véritables terroristes urbains qui, comme l'incendiaire ou le poseur de bombe, sont plus excités par le feu et l'éclat de la poudre que par la cause qu'ils croient défendre

Mais là n'est pas l'essentiel. Car question bombes, feux et fumigènes, l'opulente Genève allume ces jours pour plus d'un million de francs de feux d'artifice, à l'occasion du 1er Août et des Fêtes de Genève. Patriotisme et tourisme même partition?

Mais là n'est toujours pas l'essentiel. Deux squats sont morts et le plus emblématique d'entre eux y a perdu sa corne (un monument qu'on reverra sans doute - l'original ou sa copie - dans un musée ou sur une place publique). Deux squats sont morts et une vingtaine d'autres vont mourir dans les prochains mois. Les journaux ont publié la carte des futurs champs de bataille.

Pourtant le plus important squat du canton continue. Sans bruit ni manif. Et il y a de fortes chances pour qu'il continue encore longtemps. Plus vieux et plus durable que Rhino, ce plus ancien squat genevois est un squat bourgeois. A lui seul, il mine mille fois plus la politique du logement que les septante occupants des immeubles licorne. C'est un squat qui a ses associations, ses réseaux et même sa culture des nains de jardin.

Vous donnez votre langue au chat qui ronronne au pied des propriétaires squatters?

Ce squat pernicieux, c'est celui des villas, maisons, parcs ombragés et ateliers qui occupent la zone de développement 3, ce sont les propriétaires qui conservent non construites les zones déclarées constructibles par la volonté des autorités politiques, soucieuses, autrefois plus qu'aujourd'hui, de permettre à la ville de grandir en évitant autant que faire se peut un envol des prix des terrains.

Non contents de rester passifs, ces propriétaires ont tissé autour de leur «ça m'suffit» un réseau de servitudes réciproques qui empêchent la construction d'immeubles voisins au cas où l'un des propriétaires viendrait à céder aux sollicitations généreuses de l'Etat (qui récemment a augmenté la mise à mille francs le mètre carré, somme à laquelle s'ajoute la valeur à neuf de la maison). Certains d'entre eux se sachant assis sur une fortune potentielle n'ont eu aucune peine à négocier des prêts hypothécaires généreux auprès d'établissements bancaires rassurés de détenir des gages d'aussi bonne qualité.

Jamais les forces de police ne seront mobilisées contre ces squatters bourgeois. Et c'est tant mieux, car le droit de propriété est un des fondements de la liberté. Cependant le droit de propriété ne saurait être absolu, ni donner lieu à des abus, voire à un accaparement de richesse indu. Le bien commun et les économies d'énergie commandent, hier comme aujourd'hui, de construire la ville en ville.

Voilà plus de 60 ans pour ce qui est de la zone 3 de développement que ces propriétaires savent que leurs terrains sont voués à être densifiés. Ils avaient largement le temps d'anticiper cet avenir. Certains y ont d'ailleurs consenti. Les autres ne peuvent pas être surpris qu'aujourd'hui l'Etat passe à l'action, confronté qu'il est à une pénurie de logements dont chacun ressent les effets au travers d'une pression constante sur les loyers. Ces hausses sont scandaleuses, mais économiquement rationnelles en raison notamment de la confiscation des zones à bâtir.

Faute de pouvoir donner la police contre ces squats silencieux, les autorités pourraient, dans un premier temps, augmenter progressivement la fiscalité grevant ces parcelles jusqu'à leur valeur vénale. Et décréter la nullité des servitudes dont le seul but est d'empêcher la réalisation de la volonté populaire: construire des logements en ville.

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